Gérer votre employée au quotidien »

A Singapour, les employées de maison sont originaires de 13 pays autorisés en Asie. Mais elles viennent principalement des Philippines et d’Indonésie et quelques-unes viennent de Birmanie, du Sri-Lanka ou d’Inde. Comprendre leur culture vous aidera dans votre relation avec elle au quotidien. Voici quelques aspects à bien connaître pour communiquer efficacement avec une employée de maison.

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  1. Un relationnel plutôt réservé

La plupart des employées de maison sont timides, silencieuses voire introverties. Leurs cultures respectives ont en commun la quête d’une certaine harmonie dans les relations humaines : on ne doit pas heurter son interlocuteur, on ne doit pas le mettre dans l’embarras et on doit éviter de le contredire mais on se doit de garder la face en toutes circonstances.

Pas facile dans ces conditions de conserver sa franchise au sens où vous l’entendez ! De plus, dans son éducation, le contact visuel direct est jugé mal élevé car offensant ; regarder son interlocuteur droit dans les yeux lui demande donc un effort particulier qui ne lui est pas naturel. Enfin, élever la voix est jugé agressif, ainsi, sa bienséance lui commande de parler d’une voix plutôt douce, parfois même peu articulée, vous obligeant parfois à tendre l’oreille et à faire répéter.

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  1. Un langage qui fait des tours et détours

Toujours par souci de ne pas heurter l’interlocuteur et conformément à sa culture, votre employée de maison exprimera  une idée ou un point de vue de la manière la moins directe possible : elle va tourner autour du pot, elle n’affirmera rien de façon péremptoire, elle évitera de dire ce qui ne va pas. Ainsi sa réponse « Maybe » doit être comprise comme un « non ». Ce comportement a une incidence directe sur vos relations : ses phrases sont longues, ses idées parfois brouillonnes et les situations qu’elle relate parfois confuses. Il vous faudra un effort de synthèse pour remettre de l’ordre et de la clarté dans ses propos ! Comprenez- bien : elle ne cherche pas à dissimuler une réalité mais elle traduit ainsi ses codes culturels.

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  1. Le diktat du “make the boss happy”

Particulièrement marquée dans la culture indonésienne, la volonté de satisfaire le patron est également présente à des degrés divers dans les autres pays dont sont originaires les employées de maison. Toute la difficulté pour chacune d’entre elles est de deviner ce qui fera vraiment plaisir à son patron…alors faute de le savoir précisément, elle ne dira jamais « non » en face et elle répondra  oui à toutes les demandes. Ainsi le « Yes M’am ! » des réponses fournies n’a guère le sens d’une approbation et doit être interprété avec beaucoup de nuances. Tout au plus signifie-t-il qu’elle a entendu.

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  1. Attention aux expressions vides de sens !

Certaines réponses sont des formules toutes faites, répétées à l’envie et vidées de leur substance. Ainsi, il ne faut pas se laisser berner par la réponse « I understand » : qui signifie  « j’ai bien entendu, je ne suis pas certaine de bien comprendre mais je ne vais pas perdre la face à vous faire répéter ». Il ne faudrait surtout pas le comprendre comme  « c’est clair ! J’ai tout compris ! »

De même, le « Yes M’am » n’est en aucun cas une approbation : ça ne veut pas dire qu’elle est d’accord avec vous ! Le « Yes M’am » est une formule de politesse qui se rapproche plutôt de « j’ai bien entendu ». Le « Yes M’am » n’est rien de plus qu’un refrain qui exprime la soumission et le respect.

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  1. Attention au concept « garde d’enfant »!

S’il y a des enfants, la plupart des employées de maison sont prêtes à donner un coup de main mais sans doute pas de la façon dont vous l’entendez. Tout d’abord, le ménage prime et  une employée a beaucoup de difficulté à concevoir de ne pas l’avoir achevé avant de se consacrer aux enfants. Il arrive ainsi que certaines employées se lèvent très tôt le matin pour laver les sols par exemple car elles savent qu’à 7h30 elles vont devoir s’occuper du petit déjeuner des enfants. Ce dernier point doit être souligné : si vous lui demandez de surveiller vos enfants alors qu’elle n’a pas terminé son ménage, vous la mettez dans un terrible embarras, un véritable cas de conscience pour elle car elle se sent incapable d’abandonner ce qu’elle considère sa mission première, le ménage, même si vous avez exprimé clairement votre priorité aux enfants.

Par ailleurs, il y a très souvent un véritable fossé entre leur perception du soin aux enfants et la vôtre ; et elle ne dispose d’aucun outil pour comprendre vos attentes sur le sujet. Sans explication et démonstration par l’exemple de votre part, une employée de maison, par défaut, sera plutôt une assistante de vie : elle habillera un enfant, lui lacera ses chaussures même s’il est grand, rangera sa chambre, portera son cartable, préparera son sac de sport, préparera son repas et lui donnera à manger. Il se peut même qu’elle se vexe si vous le faites à sa place de temps à autre !

Mais rien ou très peu sur le plan de la surveillance ou de l’éveil. Quant à l’autorité, c’est un sujet très délicat : d’une part l’enfant est l’égal du patron dans la perception d’une employée de maison et d’autre part l’enfant est roi et n’est que peu ou pas discipliné dans la plupart des milieux dont sont originaires ces jeunes femmes.

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  1. Quelques astuces pour communiquer avec elle :

    • Evitez émotion et compassion
    • Parlez à voix douce : élever le ton va la paralyser ; dans sa culture, c’est très mal perçu.
    • Gardez votre calme en toutes circonstances : ne vous énervez pas…elle ne vous respecterait plus!
    • Ne faites aucune remarque négative devant témoin (conjoint, enfant, amis, voisins, autre helper, etc) : elle se sentirait humiliée quelle que soit la remarque, mineure ou importante
    • Gardez la bonne distance: expliquez que vous ne pouvez pas faire comme elle car vous n’avez pas la même culture;
    • Une helper qui se sent humiliée devient ingérable ; elle cherchera à changer de famille.

Prévoyez une réunion hebdomadaire, seule avec elle, pour faire le bilan de la semaine écoulée et le programme de la semaine à venir. C’est sur ce temps que les malentendus devront être exprimés et levés, les critiques exprimées.